CONTRIBUTION DU DEPARTEMENT D'ARTS PLASTIQUES DE L'IUFM DE BRETAGNE A LA CONSULTATION NATIONALE SUR LES PROJETS DE PROGRAMMES POUR L'ECOLE PRIMAIRE
Le Département d'arts plastiques s'interroge sur le sens de l'imposition de ces « nouveaux programmes », six ans à peine après la publication des programmes de 2002, modifiés en 2007. Nos ministres font sans cesse référence à la nécessité de mettre en œuvre une « culture de l'évaluation ». Or aucune évaluation des effets des programmes de 2002 n'a jamais été effectuée. Ils ont été élaborés et validés par un ministre appartenant à l'actuelle majorité,... Pourquoi une telle précipitation à vouloir tout chambouler ? Il y a six ans, le gouvernement s'était-il à ce point fourvoyé ?
Les programmes de 2002 avaient pour ambition de considérer l'élève comme sujet et les connaissances comme le résultat d'un processus de construction, inscrit dans la durée, de cycle en cycle. Cette conception, à l'opposé d'une exposition dogmatique, repose sur l'idée que la complexité du réel implique la prise en compte du conflit des représentations, de la pratique, de la controverse, comme condition incontournable des apprentissages.
En ce qui concerne les arts plastiques, on les enseigne parce qu'ils sont liés à des pratiques de référence, historiques et contemporaines.
« La peinture est plus ancienne que l’écriture ou le calcul. Elle est l’une des expressions majeures de notre humanité comme le sont la poésie, la musique, la danse, le théâtre… Le dessin est l’une des sources de la géométrie, de l’écriture…
Depuis l’aube de l’humanité, l’art participe à la formation de la pensée […] Supposer que l’on apprend frontalement, sans détours, sans imaginaire, sans désir, sans prendre appui sur des connaissances parfois étrangères ou éloignées du domaine étudié ou sans les autres est une fiction dangereuse pour l’avenir de l’école et une violence faite à chacun » (Joëlle Gonthier, plasticienne, professeur d’arts plastiques)
Les arts visuels étaient jusqu’alors une discipline d’enseignement
Ce qui fonde cet enseignement, ce qui permet de dire qu'il y a matière à enseigner, c'est la réalité des pratiques et ce qu'elles recouvrent en terme de sens, dans les sociétés où elles prennent naissance.
Le projet de programme que le Ministère de l'Education Nationale soumet à consultation est bel et bien caractérisé par la liquidation de la place fondatrice de la pratique comme lieu et enjeu de questionnement. C'est aussi la disparition des contenus de la discipline, des connaissances construites à travers la pratique et en relation avec le champ artistique et culturel, au profit d'une conception des apprentissages qui relève plutôt du conditionnement et de la conformation.
Nous constatons que ce n'est pas seulement la discipline arts plastiques qui est concernée, mais bien l'ensemble des disciplines enseignées à l'école primaire.
Le département d’arts plastiques de l’Iufm propose donc un échange et un positionnement commun de l'ensemble des formateurs sur ce qui constitue une forte régression dans le nouveau projet d'école du Ministère de l'Education Nationale.
Quelle place pour les arts à l’école ?
La grille de répartition horaire des enseignements, encore non établie clairement mais que l'on peut facilement imaginer à partir du discours du Ministre de l'Education nationale, libérerait entre 5 heures (CP et CE1) et 7 heures (CE2, CM1 et CM2) pour l'enseignement des sciences, de l'histoire géographie, des langues, des arts sans parler des techniques usuelles de l'information et de la communication, de l'instruction civique et morale, de l'histoire des arts, du développement durable... Que deviendront les 3 heures attribuées jusqu’alors aux arts visuels et à la musique ?
Que reste-t-il des contenus des programmes de 2002?
A la lecture de ces projets de programmes, l’élève devra « adapter son geste, viser à la maîtrise du geste et à l’effet esthétique, se familiariser par l’écoute et l’observation, utiliser, observer et décrire, rencontrer des œuvres qu’il sera en mesure d’apprécier.. » mais à aucun moment il ne sera confronté à des situations-problèmes qui lui permettraient de percevoir, sentir, imaginer, créer dans une réelle pratique plastique.
Par contre, il lui faudra se conformer à une esthétique du beau, du bon goût (mais une esthétique définie par qui ?).
Les références artistiques mentionnées dans la liste nationale appartiennent essentiellement au patrimoine historique, niant ainsi l’existence de l’art en train de se faire, de la création vivante.
On ne peut que s’étonner de la disparition brutale de l'éducation à l'image dont les programmes de 2002 nous avaient expliqué l’extrême nécessité, pour que les élèves soient en phase avec le monde dans lequel ils vivent.
L'art numérique, la vidéo, les nouvelles technologies en général disparaissent en tant que moyen d’expression. Précédemment, dans les textes d’application, nous pouvions lire : « Les élèves comprennent que fabriquer une image, c’est avoir des intentions et faire des choix, exprimer un point de vue ou une opinion, une sensation, une idée…A partir d’une création personnelle, ils apprennent à expliquer et justifier des choix personnels ». Dans l’actuel projet, le champ de référence est réduit à la photographie argentique de Cartier-Bresson, Doisneau et Boubat et il n’est plus question de créer et de comprendre les questions que pose la création.
De même, les échanges oraux ne sont plus conseillés, pourtant ce sont des moments essentiels à la construction de connaissances et ils favorisent aussi la maîtrise de la langue. Il apparaît que l’élève ne construit plus ses savoirs, mais que l’enseignant technicise ses apprentissages.
Des pratiques artistiques hors temps scolaire (confiées au Ministère de la culture et aux collectivités locales)
Les ministres de l'Education Nationale et de la Culture ont annoncé l’ouverture d’ateliers de Beaux Arts, hors temps scolaire. Ceux-ci inciteront un développement des pratiques consuméristes au bon vouloir des parents. Ils entraîneront une implication nouvelle des collectivités locales, en particulier des municipalités : c’est la fin du droit et de l’égalité d’accès pour tous les élèves aux pratiques artistiques dans l’école.
Une chose est claire: le fossé se creusera davantage entre les élèves qui n’ont que l’école pour accéder à l’art et à la culture et ceux qui sont issus des classes favorisées.
Nous craignons l’instauration d’une école des privilèges et une destruction de l’école républicaine et de ses valeurs.
vendredi 6 juin 2008
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1 commentaires:
Bonjour,
ceci n'est pas un commentaire, mais une question qui est sans doute partagée. Comment est-il possible de vous contacter ?
Mon adresse est : lagrandelessive@voila.fr
Merci et cordiales salutations
Joëlle Gonthier
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