vendredi 6 juin 2008

- 10 Questions fondamentales pour l'enseignement des arts plastiques

SAUVONS LES ARTS PLASTIQUES :
ETATS GENERAUX DE L’ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE DE LA MATERNELLE A L’UNIVERSITE, LE 11 JUIN 2008 A PARIS

Questions adressées à Monsieur le Ministre de l’Education Nationale


1 – Enseignement élémentaire, Arts visuels
Jusqu’à présent les arts visuels et l’éducation musicale sont des disciplines d’enseignement obligatoires à l’école élémentaire. Dans les nouveaux programmes, la pratique en arts visuels se résume à «une maîtrise du geste » et se trouve « renforcée » en dehors de l’école, après 16 heures, par des partenaires culturels. Pourquoi rompre avec l’idée forte d’une éducation à l’art alliant « pratique et réflexion » pour tous ?
L’éducation artistique, rejetée hors des programmes officiels, devient une activité liée aux différentes situations culturelles territoriales. Ces activités seront tantôt dispensées par des enseignants, tantôt par des animateurs municipaux. Comment évaluer ces actions ? En quoi ont-elles encore un lien avec l’éducation ?

2 - « Enseignement » ou « activité » ?
Les textes récents marquent un glissement de la notion d’enseignement vers celle d’activité pouvant être prise en charge par un personnel non-enseignant et par des structures ne relevant pas de l’éducation nationale, ni même du secteur public. Les deux notions d’activité et d’enseignement sont radicalement différentes. L’enseignement suppose un spécialiste (de la discipline à un certain niveau ou au moins d’un professionnel de l’enseignement dans les classes de primaire) dont la compétence à transmettre des connaissances a été vérifiée par un concours de recrutement. Faut-il en conclure que les arts plastiques ne seraient plus une discipline d’enseignement mais seulement une activité à exercer hors temps scolaire ?

3 – En collège, histoire des arts. En collège, les élèves ont une heure d’arts plastiques par semaine, vous proposez de consacrer la moitié du temps à l’histoire des arts exclusivement. L'histoire de l'art est déjà au cœur de l'enseignement des arts plastiques, enseignement fondé sur une pratique réflexive qui permet aux élèves d'expérimenter de façon sensible les grandes questions de la création artistique en référence à l'histoire de l'art. Comment les élèves comprendront-ils la création artistique en diminuant de moitié le temps de pratique ?
4 – Enseignement dans un cadre national
L’enseignement des arts plastiques s’inscrit dans les disciplines de l’enseignement général et ses programmes s’appliquent au plan national, au même titre que les autres disciplines, les mathématiques, les lettres, les langues, l'éducation physique... En rendant cette discipline dépendante de décisions locales, ne pensez-vous pas que plutôt que de la renforcer, elle se fragilise ?
Considérez-vous que les élèves n’ont pas tous le droit de recevoir un encadrement de qualité, avec des orientations nationales, dispensé par des enseignants formés ?
5 – Intervenants extérieurs
Il y a quelques années, dans un livre dont vous êtes l’auteur, vous avez qualifié l’intervention de personnalités extérieures et le travail avec divers partenaires de pratiques « ni utiles ni équitables » sans « aucune efficacité mesurable ». Aujourd’hui, vous promouvez ce que l’ex-direction de l’Evaluation et de la Prospective du Ministère de l’Education Nationale dénonçait en 1997. Sur quels nouveaux indicateurs vous basez-vous pour inciter les chefs d’établissements à confier l’accompagnement éducatif des élèves à des bénévoles, des associations qui auraient égalité de compétence avec des enseignants formés ? Comment évalueriez-vous ces actions de terrain ?
6 - Articulation secondaire / supérieur
L’existence des arts plastiques de la maternelle à l’université participe de la culture générale des élèves puis des étudiants et prépare l’accès à l’enseignement supérieur. Pourquoi remettre en cause les Arts plastiques considérés jusqu’à présent comme discipline d’enseignement développé, au même titre que les autres disciplines, dès l’entrée à l’école ?
7 – Concours de recrutement nationaux
Dans le Rapport Pochard, remis au gouvernement le 1er février 2008, au chapitre : « Comment recruter et former les enseignants », on constate que le C.A.P.E.S d’arts plastiques ne figure plus dans la liste des concours, tous les autres étant par ailleurs devenus bivalents, avez-vous l’intention de suivre ces propositions et de le supprimer ? Qu’en est-il de l’agrégation ?

8 - Conséquences dans le supérieur
Dans l’enseignement supérieur, alors que nous venons à peine de mettre en place la Réforme L.M.D, les modifications prévues concernant les concours vont-elles entraîner des changements dans les cursus par l’obligation d’instaurer des Masters professionnels de l’enseignement se substituant aux préparations des concours et, en partie, aux Masters recherche, dès 2009?

9- Lien avec la discipline à l’université
Depuis près de quarante ans, les douze départements d’Arts plastiques des Universités françaises développent une recherche reliant pratique et théorie, Art et Sciences de l’art (Histoire de l’art et Esthétique…). Vos propositions qui privilégient plus la réception de l’œuvre que sa création risquent de former des consommateurs d’art et non plus des praticiens. Que resterait-il alors de l’articulation entre formation, recherches artistiques et universitaires, si le lien avec les enseignements d’arts plastiques de la Maternelle à l’Université, existant à partir de la pratique artistique, a disparu?

10 - Recherche en arts plastiques
La thèse en Arts plastiques et Sciences de l’art est l’accomplissement d’une spécificité cohérente de cette discipline, à savoir une articulation entre pratique artistique personnelle et réflexion théorique. Actuellement les Masters recherche sont censés déboucher sur cet objectif, qu’adviendrait-il des cursus recherche si des Masters professionnels n’ouvrant pas sur des thèses se trouvaient privilégiés ?

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