vendredi 13 juin 2008

Participation aux Etat généraux le 11 juin 2008

Rennes-Vannes, le 12.06.08
Nous étions présents aux Etats généraux, mercredi 11 juin 2008, afin de représenter des professeurs des écoles, des Maîtres formateurs, des Conseillers pédagogiques départementaux du premier degré, des professeurs de lycées et collèges et des formateurs IUFM (85 personnes à ce jour).
Texte de synthèse des différentes contributions.

États généraux de l’enseignement des arts plastiques, de la maternelle à l’université :
Collectif Arts Plastiques Bretagne
Représenté par Benjamin Bonhomme et André Scherb

Le collectif Bretagne regroupe un ensemble de professeurs des écoles, de maîtres formateurs, de conseillers pédagogiques départementaux du premier degré, de professeurs de lycées et collèges et de formateurs IUFM.
Nous souhaitons manifester notre inquiétude face aux différentes mesures, nouveaux programmes et nouveaux dispositifs d’organisation de l’école et du collège, qui risquent d’entrainer la disparition des arts plastiques comme discipline d’enseignement. Nous serons tout aussi vigilants lors des publications sur la réorganisation des enseignements en lycée.

Nous pensons nécessaire d’affirmer quatre caractéristiques de notre enseignement qui sont mises en danger dans les nouveaux programmes pour l’école primaire et les projets de programmes pour le collège :
- Les arts plastiques participent à la formation de la personne, en prenant en compte la multiplicité des dimensions de l’être.
- Les arts plastiques permettent la construction de savoirs spécifiques, habituellement précisés dans les programmes.
- Les arts plastiques travaillent des questions qui traversent d’autres champs disciplinaires (transdisciplinarité).
- L’enseignement des arts plastiques se fondent sur la pratique en relation avec le champ artistique, historique et contemporain. C’est le lieu d’une articulation entre théorie et pratique. Les arts plastiques apprennent, entre autre chose, à regarder les œuvres d'art.

Notre analyse s’appuie avant tout sur les programmes définitifs de l’école primaire, sachant que certains constats sont identiques pour les projets de programme de collège qui procèdent d'une même logique.

ECOLE PRIMAIRE
· Nous aimerions faire une remarque préliminaire concernant la forme et la méthode de communication des changements annoncés. Ceux-ci se manifestent à travers des textes, programmes et notes diverses. Ils sont caractérisés par un flou persistant, par des imprécisions ou des indécisions, des ambiguïtés, des notes cachées. Les écarts entre les déclarations et les différents textes successifs nous placent dans une situation d’incertitude.

· Nous relevons dans les programmes trois motifs d’inquiétude : la réduction de l’horaire consacré aux arts plastiques, la perte de contenus disciplinaires de la pratique artistique et la place accordée aux partenaires de l’école.

- L’horaire accordé aux arts plastiques arts visuels à l’école primaire est en nette diminution (site éduscol, note du 29 avril 2008).
Pour les CP-CE1 de 81h ; il est appelé pratiques artistiques
Pour les CE2 CM1 CM2 de 78h ; il est appelé pratiques artistiques et histoire des arts de 78h (incluant 20 h d’histoire des arts)
L’analyse de ces chiffres et de leur présentation permet deux constats : par rapport à 2002, l’horaire réunissant arts visuels et musique perd presque 1 heure hebdomadaire et la globalisation des pratiques artistiques risque de rendre facultatif l’une ou l’autre des disciplines !

- Les contenus : pratique artistique ou activité ?
La mouture définitive des programmes a réintroduit certaines caractéristiques de la discipline comme « la création réfléchie » et l’usage de médiums diversifiés. Mais elle conserve une approche techniciste, privilégiant « la maîtrise du geste » et « l’effet esthétique », en oubliant l’exploration, l’expérimentation et la découverte. D’autre part, les contenus notionnels ne sont plus mentionnés, ni le projet de l’élève. De plus, concernant l’histoire des arts, l’objectif est que l’élèves en fin CM2 « soit capable de reconnaître et décrire des œuvres d’art visuel ou musicales préalablement étudiées : savoir les situer dans le temps et dans l’espace, identifier le domaine artistique dont elles relèvent, en détailler certains éléments constitutifs en utilisant quelques termes du vocabulaire spécifique, - d’exprimer ses émotions et ses préférences face à une œuvre d’art, en utilisant ses connaissances ».
Nous constatons qu’il n’est plus question d’hypothèse, d’échanges oraux, de débats, de construction collective de sens.

- Un troisième point semble le plus préoccupant, celui du partenariat avec les institutions culturelles et du partage des tâches. Se pose le problème de savoir qui enseigne ou qui anime les pratiques artistiques développées à l’école?
Un certain nombre de dispositifs seront mis en place : classes à horaires aménagés, accompagnement éducatif, et en résumé un « accroissement de l’offre hors de l’école ». Quelles seront les modalités de mise en application ?
Le B.O. n°19 du 8 mai 2008 annonce que « le développement des pratiques artistiques à l’école et hors de l’école » se fera avec des enseignants ou des intervenants extérieurs.
Il est aussi précisé que l’école reste « le pivot de l’organisation artistique et culturelle ». Afin de jouer pleinement ce rôle nous remarquons deux difficultés majeures :
L’absence de contenus d’enseignement précis ne permet pas d’élaborer des projets et de les évaluer à partir d’un référentiel commun issu des programmes.
Le financement étant réalisé par des partenaires extérieurs (exemple collectivités territoriales), ceux-ci maîtrisent la communication autour des projets et imposent leur propre évaluation.

De ce fait, la relation avec le partenaire n’est pas égalitaire, comme on pourrait le souhaiter, entre un spécialiste de l’art et de la culture et un spécialiste de l’enseignement. Les liens qui pouvaient s’établir sont rompus pour effectuer un partage des « activités » excluant l’enseignant. Pourtant c’est bien l’enseignant qui inscrit une séquence artistique dans le projet de classe, qui connaît ses élèves, qui permet les relations entre disciplines, qui est capable d’adapter le vocabulaire, d’inventer des remédiations, etc. Les nouveaux dispositifs signifient le remplacement d’un professionnel de l’enseignement par un animateur.
Nous voyons se dessiner une cohérence dans les mutations auxquelles nous assistons : un horaire pour l’enseignement des arts fortement réduit associé à des programmes sans contenus rend possible la transformation de la discipline d’enseignement en activité pouvant être animée par n’importe quel intervenant extérieur.

COLLEGE
Les inquiétudes qui sont apparues avec les programmes de l’école primaire sont du même ordre pour le collège. A celles-ci se rajoute la menace de suppression des CAPES et agrégation.
Le projet des nouveaux programmes de collège paru en avril 2008 et le B. O. n°19 du 08-05-2008 augurent en effet des remises en cause fondamentales de notre enseignement :

- La validation au Brevet des Collèges d'une pratique effectuée "dans et en dehors de l'école" (B.O.) crée de fait une situation profondément inégalitaire des candidats à un examen d'un enseignement obligatoire. Elle incite à renvoyer sa préparation hors du collège, dans des dispositifs dont la garantie des compétences et des contenus n'est plus donnée par un professeur dûment formé et suivi.
- Cette nouvelle modalité du brevet, accompagnée de l'installation en fin de journée d'un temps facultatif "d'expression et d'apprentissage" animé par un professeur ou un partenaire extérieur installe une confusion entre enseignement et activité périscolaire.
- Dans cette logique, les programmes en consultation en mettant systématiquement l'accent sur la maîtrise technique, engagent le glissement de l'enseignement d'une pratique réflexive à une simple activité pratique que pourrait assurer un animateur.
- Il est incompréhensible que l'introduction de "l'histoire des arts", qui peut avoir un intérêt certain, mais qu'on invite sans cesse dans les programmes à aborder sous l'angle historiciste, se fasse au détriment de la pratique artistique. Au contraire, une histoire des arts s'acquiert dans une relation dynamique et riche avec la pratique. Elle engage à un regard historique et technique certes, mais aussi sémantique, critique et plastique. Ce dernier est incontournable. L’histoire des arts ne peut donc, et ne doit constituer un enseignement spécifique, autonome, réducteur.


IUFM
· Les IUFM sont en attente de nouvelles circulaires… Le processus de « masterisation » qui semble mettre fin à la formation professionnelle associant maîtres formateurs et formateurs IUFM est en marche.
L’IUFM de Bretagne est intégré dans l’Université de Bretagne Ouest. D’ores et déjà un séminaire a eu lieu à Brest, intitulé « réflexion à propos de la masterisation de la formation » et d’autre part une demande a été faite aux formateurs pour introduire l’histoire des arts dès septembre dans la formation des PLC2 lettre, musique, arts plastiques, histoire.
· Concernant les nouveaux programmes pour l’école primaire, il est intéressant de noter que les IUFM ont été exclus de la consultation nationale sur les projets de programmes.
· De plus, au cours des trois dernières années, nous avons eu des signes d’une nette érosion de la place des arts plastiques. La formation s’est de plus en plus réduite pour se limiter à seulement 20h pour les professeurs des écoles stagiaires en deuxième année. Les dominantes qui offraient 50h supplémentaires aux stagiaires les plus engagés artistiquement ont été supprimées. Le concours en fin de première année n’ayant plus d’épreuve pratique d’arts plastiques depuis deux ans, l’horaire de formation a été réduit. Et pour finir, les arts ne font plus partie des priorités académiques en formation continue. Voici un ensemble de changements qui progressivement asphyxient les arts à l’IUFM.

Les arts plastiques sont indispensables comme discipline d’enseignement parce que celle-ci privilégie l’agir, le passage à l’acte, elle favorise la prise de risque, le jeu avec l’incertitude, la mise en mouvement sans avoir une idée préconçue du résultat et la réflexion en relation avec la pratique, l’intuition, la perception et les savoirs antérieurs. Elle met en situation de créer et de comprendre les questions que pose la création.
En tant que moyen de connaissance, les arts plastiques permettent d’aborder des questions fondamentales de l’être au monde, des questions anthropologiques. L’école républicaine devrait donner à tous l’accès à l’art et à la culture. Si les arts plastiques disparaissent comme discipline d’enseignement, nous pouvons légitimement craindre pour l’avenir.

Benjamin Bonhomme et André Scherb

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